De moi à vous

Avé l’assent ?

                                                                      

Depuis que j’habite Avignon, c’est à dire une dizaine d’années, j’ai appris un truc qui n’est pas une galéjade : le parisien, on le reconnait de loin et il n’est pas le bienvenu… enfin, c’est compliqué et ça n’a guère changé depuis Raimu ou Pagnol.
La Provence est un territoire au delà duquel, c’est l’inconnu : Au nord de Valence, c’est le grand Nord, les ours, le froid alors… Paris !
Déjà, le provençal reconnait le parisien de loin. Bien sûr il prend toute la place. Tu le vois à la terrasse du café ? Le parisien ? Au bout d’une demi-heure ( seulement !) il s’impatiente : il est pas servi, il lève la main  » hep, serveur, un café !  » …. MALHEUREUX ! Jamais au grand jamais, tu ne dois montrer ton impatience quand tu es en Provence, ça c’est bien du parisien tout craché peuchère, toujours il la ramène, alors que  » hein, TRANQUILLE, tu attends, il viendra bien ton tour, hein, on y arrivera tous un jour etc…  » et parfois le serveur continue sa conversation tout seul au bout de la terrasse, quand plus personne ne l’entend.
Donc pour le provençal, le parisien est un expatrié arrogant toujours dans une sorte d’excitation alors qu’en Provence Fan de lune !
On le dirait en terrain conquis ici le Parisien, fatche de ! ( attention le point d’exclamation est INDISPENSABLE ) et surtout il se moque de l’assent :

« Peut-on faire un exposé sur le «aïlleu tèqueu» – le high-tech – sans passer pour le rigolo de service?  » C’est là ce que se dit le Parisien .


Mais de quoi il est fait au juste cet accent que je n’ai pas, même si je commence à  » baruler  » si je trouve qu’il y a des trucs qui  » pèguent  » et si je vois parfois de drôles de  » trons de l’air  » ou des gens qui collent comme des  » arapèdes « . Je commence à avoir le vocabulaire, mais l’accent… difficile !
Petit tour en 4 points essentiels de ces particularités phonétiques :

  1. La prononciation du «e» au final: on dit «Tour de Franc’» à Paris, «Tour d’Franc’» à Saint-Etienne et «Tour deu Frann’ceu» à Marseille.
  2. Une variété des voyelles nasales: on distingue «bain», «brun», «banc», «bon»; à Paris, on prononce «brun» et «brin» de la même façon.
  3. Le «u» ou le «i» suivis d’une voyelle donnent deux syllabes: on dit un «li-on», pas un «lion».
  4. En provençal, l’équivalent du «e» en français est un «ô»; au lieu de dire une «ampoule», un Marseillais va dire une «ampoulô».

Ils rigolaient les parisiens, é bé , on est de moins en moins blessés en Provence :
Les gens du Sud laissent désormais jaillir les mots en version originale, nasillent sans complexe, fuient le phonétiquement correct. Ce n’est plus une tare de parler avé l’accent de Fernandel, c’est devenu un signe distinctif. Jouant à fond la carte de l’identité vocale, le magazine du conseil général des Bouches-du-Rhône s’appelle L’Accent et l’office du tourisme du Var en nourrit son credo: «L’accent, on le met sur l’accueil.»
Pour Fernand Carton, un spécialiste de la langue française qui a suivi l’évolution de la prononciation au cours du dernier demi-siècle, l’accent méridional n’a jamais été aussi valorisé. «Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, ce qui était rural, âgé et sédentaire était rejeté, explique-t-il. Dans les années 60-70, la tendance était à la standardisation. Aujourd’hui, on ne veut plus d’une langue de robot.» La preuve, France Télécom songe à créer des voix synthétiques avec accent régional .

On ne cherche plus à gommer son accent alors quand on est la seule cigale parmi une horde de gens qui ne chantent plus?

6 commentaires

  • Aurélia Wlk

    Ahhhhh les accents … Et le vocabulaire régional , et les parisiens ….. il y a de quoi faire deux copies doubles … Rires .. Je suis née entre deux terrils du pas de calais , et j adore ma région … mais je n ai ni l accent ni le parler  » ch ti « ….. J ai détesté le film  » bienvenu chez les ch tis  » …… J ai adoré par contre  » la gloire de mon pere  » …. Vas y comprendre quelque chose …. 😉

  • Catherine

    Oh Fan ! Galéjades ! J’en suis tout escagassée 😉
    Plus sérieusement, mon choc en venant de Paris, il y a 30 ans, jeune épouse de médecin de campagne devant le suivre de point téléphone en point téléphone et répondre aux demandes de la patientèle, s’entendre dire « dites au docteur de venir vite, mon mari, il est fatigué, il est gonfle … » j’en suis restée tout ébahie car tout cela voulait dire que le pauvre homme était malade et avait mal au ventre … et je ne comprenais pas !

    • Dominique

      Ah oui 🙂 parfois il faut un  » décodeur « , j’ai aussi mis du temps à comprendre ce qu’était un  » gâté « , quelque chose de tendre mais parfois plus connoté 🙂 . Je ne connaissais pas du tout ce mot .. Ah le sud recèle beaucoup de mystères !

  • Dominique

    Hello Sophie, oui, et de la même façon quand je suis à Paris, j’ai quelques difficultés à suivre le rythme et puis comme vous  » je le prends  » … Savez vous que c’est seulement au début du XXème siècle que les provençaux ont commencé à parler français ?Une vraie langue étrangère pour ceux qui ne parlaient que le provençal . Plus tard encore du côté de Marseille si cosmopolite. Toujours intéressants ces particularismes linguistiques et phonétiques. Bonne fin de soirée !

  • sophie cour

    C’est vrai que c’est toujours difficile pour nous Parisiens de nous adapter au mode de vie du Sud et je peux concevoir qu’on peut être vite insupportables et puis on prend le rythme. Ce sont les vacances en général, il faut lâcher la pression qu’on vit à Paris constamment. Mais qu’il est beau cet accent. Chaque fois que je l’entends il est pour moi synonyme de chaleur, décontraction… merci pour ce bel article Dominique, bonne soirée à vous !

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