Mon ado regarde une photo de moi à 15 ans, son âge aujourd’hui : salopette vert pomme, pantalon pattes d’eph, pull orange, tresses… rires… c’était comment avant, quand tu avais mon âge ? Raconte…
Avant, on écoutait des disques Vinyl sur des tourne-disques ou dans des mange-disques, on s’enregistrait sur des magnéto pour entendre sa voix, avec des bandes qui luisaient d’un côté, on accélérait et la voix devenait nasillarde, on se téléphonait de la maison près de l’appareil parcequ’il y avait le fil, et on faisait le numéro sur un cadran rond dans lequel on plongeait un doigt et il fallait attendre qu’il revienne sur le O pour faire le chiffre suivant, mais les numéros n’avaient que six chiffres, la sonnerie faisait « drinnng » et on avait pas d’autre choix. On s’asseyait dans des voitures qui montaient un peu quand on avait mis le contact, on était derrière sur les sièges ou à côté, sans ceinture. On allait aux boums pour rouler des pelles aux garçons, sortir avec eux, danser des rocks ou des slows qui venaient par séries. Il y avait les filles qui couchaient, et on savait qui, elles étaient  » grandes  » : elles savaient. On mettait des serviettes hygiéniques énormes, on se parfumait au patchouli ou pas, on buvait des pots pendant que les garçons jouaient au babyfoot ou au flipper, on mangeait des biscuits avec des messages dessus  » merci  » ou  » bonjour « , des biscuits qui nous apprenaient la politesse, les profs avaient toujours l’air vieux mais on les aimait bien ou on les craignait parfois, on faisait de la gym, il fallait grimper à la corde ou sauter en hauteur, on faisait des enchainements sur de la musique. On rêvait d’aller en Inde comme ceux qui avaient dix ans de plus, bouffer des champignons hallucinogènes, on s’habillait baba, on brodait nos pantalons nous-mêmes avec des fleurs, on regardait des photos de David Hamilton. L’avenir ne nous angoissait pas, il fallait passer en term, avoir le bachot, on fumait devant le bahut en attendant que le portail ouvre et même à la récré, la cantine c’était la cantoche, comme le cinoche, les choses étaient fastoches, on aimait ce suffixe là…
Les garçons nous attendaient à la sortie avec des mob bleues ou des solex, il y avait les habits du dimanche mais on trouvait ça ringard, on ne se douchait pas tous les jours et on avait des savonnettes. Ma mère mettait du rouge à lèvres parce que c’était une dame, nous, on avait droit au bleu aux yeux, l’ombre à paupières était verte ou bleue, mais juste pour les  » occasions « . On regardait la télé le samedi après-midi, la tapisserie de la chambre avait des motifs psychédéliques, on avait des draps et une couverture. On étudiait le français des Lagarde et Michard, un par siècle, sauf le Moyen-Age et le XVIème, là c’était le même. En maths, il y avait eu le passage aux maths modernes et on avait appris à jongler avec les ensembles, mais ça c’était encore avant, au collège… C’était la Province, la simplicité de la vie provinciale… Plus tard, on serait Docteur ou Prof, on rêvait d’être indépendantes, on se voyait en femmes libres et autonomes, nos aînées nous avaient tracé la voie. On aimait refaire le monde même s’il nous convenait au fond et les Beatles chantaient  » un truc qui colle au corps et au coeur…. ».

Extrait de mon livre Voyage en Ménopausamie, chroniques de la cinquantaine débridée   à commander via mon mail : mallie.dominique@orange.fr

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