Pour ce putain de billet d’humeur, j’ai choisi de vous parler de la grossièreté et de réfléchir un peu si ça nous va à nous, les cinquantenaires, autrement dit  » les vieux culs  » pour certains.
Les gros mots ont été longtemps l’apanage des hommes : la grossièreté a  été considérée comme un langage de harengère du côté des femmes, alors qu’elle servait de rite de passage aux garçons.
Les jurons, le parler haut, le rire fort, les chansons paillardes et les attaques contre la religion étaient ainsi des privilèges de l’adulte mâle. Les femmes n’avaient pas le droit aux gros mots… comme les enfants.

Que les filles jurent aujourd’hui constitue une appropriation des codes masculins de la virilité. Il faut aussi replacer cette réappropriation du langage masculin dans le contexte d’une banalisation du vocabulaire inconvenant : con, putain, merde sont employés dans toutes les couches sociales, alors que le langage châtié recule.

Mais nous, quinqua, on fait quoi et on dit quoi ?

Autant, il me semble, entendre une jeune fille dire  » je vais pisser  » ou  » je m’en bats les couilles  » peut, à la rigueur passer, autant chez une meuf de mon âge, je peux trouver ça gouleyant de se lâcher verbalement de temps à autre, mais dans la continuité c’est vite gavant.
J’ai essayé un temps le  » je m’en bats les couilles  » avec une certaine jubilation car oui, il y a une jouissance du gros mot jusqu’à ce que mes fils me disent un jour, après s’être bien marrés de la chose, que peut être ça suffisait. Il m’était difficile de joindre le geste à la parole ceci étant.
Les femmes osent aujourd’hui adopter un discours brutal, pour montrer qu’elles peuvent être dures et dans la force, et plus dans l’accueil et l’écoute. Le  » ta gueule  » , c’est vrai que parfois, on aurait envie de le dire, mais il en va d’une certaine image de la féminité à laquelle pour ma part, je tiens.

Le  » parler viril  » , un pas vers l’égalité ?

Le  » parler viril  » ne constitue pas à mon sens, un pas vers l’égalité quoi que les féministes puissent en penser. Balancer  » tu me fais chier  » ou  » tu m’emmerdes  » à l’homme de notre vie qui a un peu dépassé les bornes peut être jouissif mais assez peu flatteur pour notre image.
Mais de la même manière que j’ai du mal à dire, j’ai du mal à entendre ces mots de la bouche d’une personne avec laquelle je suis dans un lien affectif quel qu’il soit : mari, enfants, parents.
On ne gagne rien à la vulgarité et on se voit mal, à notre âge, répondre à notre amoureux qui s’inquiète de savoir si on se sent bien après un rapport sexuel  » j’ai eu une putain de jouissance  » . Non, décidément, la vulgarité du langage si elle peut être rigolote dans le décalé, est moche globalement et ne me semble pas un signal fort  vers la parité !

 

 » Comic  » mis en avant : Penelope Bagieu

%d blogueurs aiment cette page :