De moi à vous

La vie en textes et en images…


Françoise Héritier écrivait il y a quelques années  » Le sel de la vie  » : tous ces petits plaisirs qu’on a mais parfois sans s’en rendre compte vraiment, sans la pleine conscience de… Juste savoir regarder, s’arrêter de penser pour ressentir, savoir non pas seulement vivre l’instant mais le savourer, savoir écouter, être. Alors, il m’est venu à l’idée de faire mon inventaire de ce qui est mon  » Sel de la vie  » à moi . J’ai choisi d’illustrer cet article avec des photos d’Alain Roux https://www.facebook.com/AlainRouxPhotos/car qui mieux qu’un photographe, qui plus est dont la majeure partie du travail consiste à photographier les animaux, peut nous donner à voir ce que nous n’aurons pas pris le temps d’observer dans notre course effrénée contre le temps…

Petite phrase de Françoise Héritier à conserver dans un coin de son esprit


… S’arrêter sur une aire d’autoroute pour s’acheter un Rocher Suchard noir et l’avaler en deux fois, manger la crème de son capucino délicatement à la cuillère en ne faisant rien d’autre en même temps ( lire, parler, regarder ailleurs), mettre la musique à fond dans la voiture le soir en rentrant un peu tard, baisser la vitre de la voiture ( toujours ) et laisser l’air glisser entre les doigts, respirer à plein poumons l’odeur du blé, se promener nu-pieds dans les champs le matin quand la rosée est encore là, arriver tôt sur la plage pour être la première et regarder le soleil se lever ou à l’inverse rester tard le soir quand l’air commence à se rafraichir pour respirer le large, sentir le sel qui colle partout, creuser un trou dans le sable avec ses pieds et recouvrir ses jambes jusqu’à ne plus les voir, boire un verre de rouge délicatement, observer les oiseaux, les petites insectes, les faire grimper sur la main, la tourner, les voir s’envoler parfois, s’acheter le journal le matin et discuter de tout et rien, sourire aux gens dans la rue pour voir si ils répondent de même, faire un pêle mêle de toutes les photos qu’on a, les imprimer d’abord et pouvoir enfin les tenir dans ses mains, ne rien attendre et tout espérer.
Embrasser la joue de son grand ado et s’étonner de sentir un petit duvet qui pique.
S’allonger sur le lit l’après midi et regarder la lumière filtrée à travers les volets en plissant les yeux, se faire des selfies dans tous les sens, se trouver moche et les effacer, recommencer.
Se souvenir de ses moments où ce qu’on vit à l’extérieur est en totale harmonie avec ce qui vibre en nous, caresser la peau de son homme, suivre l’arrondi des épaules.
Etrenner une nouvelle robe et se sentir belle dedans et sourire aussitôt, regarder des dizaines de fois ses mains après être allée chez la manucure, commencer un bon livre et en garder pour plus tard, se retenir de la lecture, attacher ses cheveux avec une jolie barrette, mettre un foulard sur la tête et faire tourner sa robe comme quand on était enfant.
Pleurer pour la énième fois en regardant  » Out of Africa  » et se délecter de la voix de Karen Blixen, se répéter  » I had a farm in Africa « .
Chanter toute la journée une petite chanson dans sa tête, toujours la même, sans râler qu’elle soit encore là, tenir le bras d’une amie et sentir les attaches si fines, serrer sa mère dans ses bras et la sentir si fragile, ronchonner toute seule en faisant la queue au supermarché, se dire qu’on vient de faire un rêve qu’on a déjà fait, avec étonnement, parler de tout et rien avec un chauffeur de taxi, sursauter en croyant qu’on a une bête dans le cou alors que c’est un brin d’herbe, rouler en Camargue et s’émerveiller des flamants sur une patte, se pencher sur une poussette et parler à un enfant et le voir sourire et remuer les mains et les pieds à toute vitesse, écarter les cheveux d’un front et garder un peu la main dedans, se souvenir qu’on répétait il y a pas si longtemps, comme Sido, la maman de Colette  » Mais où sont les enfants « , recevoir un appel qu’on attendait, entendre la sonnerie qui annonce un texto avec la réponse qu’on attendait, couper avec ses mains et dévorer le quignon de la baguette toute chaude qu’on vient d’acheter, regarder les gouttes d’eau disparaitre sur soi au fur et à mesure que le soleil nous sèche, aimer cette expression  » au fur et à mesure  » tout comme d’autres mots  » alentir, bizarrerie, espiègle, errance « , se forcer à les utiliser, accueillir ses élèves avec leurs prénoms, être attentif à chacun, profiter des vacances pour trier ses papiers une bonne fois et admirer les classeurs bien rangés et le bureau vide, lever la tête dans un cabriolet et regarder défiler les étoiles ou plutôt sentir qu’on file sous elles, sentir qu’on appartient à une communauté de femmes et les regarder toutes avec tendresse, observer ses petites rides dans le miroir et trouver tout cela joli, se regarder nue avec bienveillance, tirer sur sa robe, tenir la main de sa petite fille et écouter son bavardage, répondre avec tendresse aux questions, expliquer et rire ensemble…Et vous ce serait quoi votre  » sel de la vie
Alain Roux montre dans son travail combien il sait saisir ce  » sel de la terre « , cette vision de ce qui va passer et que seule la photo va rendre pérenne. Merci Alain

La croix du flamant
Celle là c’est ma préférée, peut être parce qu’il semble en lévitation ce petit oiseau qui fait le malin devant sa belle, l’air de dire  » tu me regardes là, dis , tu me regardes ? Parce tu vois un peu, ce que je fais pour toi ? Dis, tu vois, hou hou !  »
Il s’agit tout simplement de la manière de faire de chaque épisode de sa vie un trésor de beauté et de grâce . F. Héritier
https://www.facebook.com/AlainRouxPhotos/

Dominique Mallié

12 commentaires

  • Marie Jeanne KLEIN

    Bonjour Dominique,
    J’ai adoré lire ce texte qui représente vraiment le sel de la vie, savoir apprécier les choses simples, profiter de moments qui nous procurent du bonheur, du plaisir, faire ce que l’on a envie ….. Merci
    Bonne journée

    • Dominique

      Merci Marie-Jeanne, apprenons, il n’est jamais trop tard à jouir de ces moments de vie ! Bon week-end à vous

  • Sapiens

    J’ai lu ce charmant petit livre plein de vie. Je me souviens aussi du gout de la première gorgée de bière de Delerm. La belle vie appartient aux optimistes, à ceux qui n’ont que des verres à moitié pleins.

    C’est un bel exercice d’introspection que tu pourrais décliner à l’envers, pour une fois. Ce que je n’aime vraiment pas…. le bruit de la craie sur le tableau, avoir de l’encre sur les doigts, manger une fraise trop mure, etc
    Ça doit bien nous définir aussi. Le bon n’existe que grâce au mauvais, le bien grâce au mal, Batman grâce au Joker, sans parler de Dieu et de Satan.

    • Dominique

      Merci M. le philosophe, en effet les choses se définissent par leur contraire, mais s’apprécient pour ce qu’elles sont. Il y a là quelque chose qui ne passe pas par la raison mais uniquement par la sensation. Je crois en effet comme toi, qu’avoir cette qualité de pouvoir ressentir est un gage de foi en la vie. Je n’aime pas trop les mots  » optimiste » et  » pessimiste  » , je pense qu’il suffit de changer son prisme souvent et tout est autre. Mais je retiens l’idée de conjuguer à l’envers, le  » je n’aime pas  » me plait assez même si naturellement je vais vers ce (ceux et celles ) que j’aime !

  • sophie cour

    Merveilleux moments à la fois personnels et universels comme le dit Catherine. Et superbes photos que celles de Alain Roux qui sait en effet saisir la vie . J’adore le petit oiseau en suspension . On pourrait imaginer toute une histoire (vous pourriez, Dominique,imaginer toute une histoire, des histoires pour chacune de ces photos ) Y avez vous songé ? Bonne fin de soirée , à très bientôt de vous lire !

    • Dominique

      J’y ai pensé en effet Sophie. L’image est toujours un puissant moteur d’inspiration. J’avais adoré écrire ce texte sur la louve suite au reportage. Bonne fin de soirée également et merci !

  • catherinesentimots

    mmmmm…. et se glisser dans des draps bien frais et doux après une longue journée à courir partout ?
    Toutes ces choses, grandes et petites, qui font de nos vies des expériences uniques et universelles !

  • Lili

    Joli texte et c’est aussi avec un grand bonheur que je relis très souvent les écrits de Philippe Delerm que j’aime beaucoup tout comme Christian Bobin

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