Barack Obama tient à parler de sa femme Michelle comme de sa « best friend ». Et je trouve cela très significatif. Présenter son épouse, son amante, la mère de ses enfants comme sa « meilleure amie » est mille fois plus moderne que la présenter comme sa dulcinée, son amoureuse, sa muse.

Dans les années 1960, on disait : « c’est ma femme, mais c’est quand même mon amoureuse »  A présent, il faut dire : « c’est ma femme, c’est mon amoureuse mais attention, c’est ma meilleure copine ! » Ça, c’est moderne…
Il faut dire que les risques se sont inversés. Le risque majeur d’un couple des années 1960, marié et hétérosexuel, c’était le joug conjugal : devoir rester ensemble quoi qu’il arrive. On restait par nécessité, par convention, parce que les femmes n’étaient pas autonomes et que les hommes risquaient de perdre la face ou d’être séparés des enfants. C’est souvent ce qu’ont vêcu nos parents.

Aujourd’hui, le risque majeur n’est plus le joug conjugal mais L’ABANDON. Du jour au lendemain, sans l’avoir vu venir; l’abandon qui laisse exsangue dans une solitude à laquelle on était pas préparé.

Et quand le risque change, les modes d’y parer s’inventent. Par exemple, en valorisant l’alliance de l’amitié et de la séduction érotique..Une autre rencontre ou une aventure, on sait, à notre âge, que cela peut arriver,  mais surtout on espère qu’on sera capable d’en parler ensemble. D’où « my best friend », cette alliance d’amitié et d’érotisme .

La jeunesse a depuis longtemps intégré la séparation comme une composante de la vie (les moins de 35 ans en ont vécu plusieurs, les nôtres). La valeur du compagnonnage est donc forte dans une époque où tout est sans lendemain.
Je crois donc qu’aujourd’hui un couple c’est d’abord une amitié profonde qui permet la discussion, amène à la compréhension de l’autre et à son acceptation.
La dispute à l’intérieur du couple dans ce sens, ne peut qu’être salvatrice.

Je vois des couples qui se déchirent et restent ensemble parce qu’il y a au fond d’eux cette intuition de l’inébranlable, quoiqu’en surface il se passe . Un couple c’est aussi deux histoires de vie qui se rencontrent et il faut accepter ce passif, accepter l’idée que là où on se pensait deux, on est en fait dans une addition beaucoup plus large qui comprend les ex, la famille, les enfants. C’est tout cela que nous amène un couple dans la force de l’âge, tout un bagage d’expériences diverses, de ruptures, de souffrances, de joies aussi, de déceptions, d’images de soi bafouées en sus d’un bagage humain.
Pourtant le couple reste parfois un mystère pour les autres. Ce qui se passe à l’intérieur d’un couple, quand bien même chacun ferait çà et là des confidences fonctionne sur une alchimie qui n’appartient qu’à lui, qui se joue dans l’intimité de l’alcôve et qui ne peut être jugé par l’entourage. J’ai toujours eu pour ma part cette ouverture d’esprit, dans la vie de mes enfants par exemple, en couple, puis dans le déchirement de leur séparation, puis parfois dans des retrouvailles; j’ai  accueilli avec bienveillance et un peu d’amusement ces aléas qu’ils vivaient dans la construction de leur histoire à deux.
Tout comme mes enfants l’ont fait pour moi, assistant à des remue-ménage forcenés, et restant toujours dans cette ouverture de la confiance et du respect pour ce que leur mère vit.

On ne peut se construire seul, c’est dans le regard de l’autre que vient se nicher une partie de notre propre construction. Cela ne peut se faire sans mal, sans remise en cause. Un couple c’est du travail, à deux.

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