De moi à vous

Lettres à Anne

« MON BONHEUR EST DE PENSER À TOI ET DE T’AIMER. COMMENT NE PAS T’AIMER DAVANTAGE. »

François a 46 ans quand il rencontre Anne, 19 ans, lors de vacances à Hossegor. Leur passion débute quand Anne monte à Paris pour ses études. De 1962 à 1995, il n’aura de cesse d’écrire à celle qu’il surnommera son « Animour », Anne.


Dans la première lettre qu’il lui envoie, le 19 octobre 1962, depuis le palais du Luxembourg, François Mitterrand s’engage à lui trouver le volume sur Socrate dont ils avaient parlé, un soir, à Hossegor. Suivront plus de 1200 autres lettres, dont on découvre une partie dans cette  » lecture  » que fait Nathalie Savalli.

Et c’est de ça dont j’ai envie de parler. De la lecture de ces lettres par cette femme lumineuse qu’est Nathalie Savalli.


Le spectacle débute. Elle est derrière un micro, la voix hésitante : faut-il rendre ses lettres publiques ?les donner à entendre dans l’impudeur ?…Aurait-il voulu cela ?… Il y a cette voix qui tremble, qui dit l’émotion de Nathalie Savalli, celle d’Anne à laquelle la comédienne prête sa présence, ses gestes, ses sourires, la discrétion de son allure, la retenue,la sensibilité qui affleure dans les moindres mots.
Derrière le micro, elle est Anne . Assise, les lettres à la main, elle est Anne lisant les mots de François.

« Je suis victime d’une maladie mortelle: l’espoir »


La vie publique se mêle à la vie privée dans les lettres à cette confidente de tous les premiers instants :


 » Anne, mon amour, je t’aime,
voilà, c’est fait, après de longues méditations, de longues hésitations et maintenant la certitude d’une lourde charge: j’ai fait connaître ce soir, à 6 heures, à l’issue de la conférence de presse du général de Gaulle, que j’étais candidat à la présidence de la République. Les moments d’hier soir et de ce matin ont été intenses, parfois dramatiques. Defferre, Maurice Faure, Mollet, beaucoup d’autres… le Parti socialiste a fait bloc pour me demander de mener ce combat… « 


«Anne, la plus secrète
Il est près de minuit. Assis à ma table de travail je vous écris tandis que s’éteignent les dernières notes de notre «Alléluia». Souvent j’écoute ce chant. Il me parle de vous, Anne. Je pense qu’il vous ressemble, ou du moins, à une certaine Anne, la plus secrète, la plus vraie, la plus exigeante (et d’abord pour elle-même).
J’aime que cette Anne-là existe. Pour l’atteindre il faut du silence et de la force, la force de chercher et de comprendre. Ce n’est pas commode. Mais passionnant.
« 

Qui ne rêve d’être aimée de la sorte ? Allez vite voir et écouter ce magnifique spectacle .

Dominique Mallié

Autres spectacles chroniqués : https://www.chichi-pompon.com/pour-que-tu-taimes-encore/

https://www.chichi-pompon.com/on-ne-dit-pas-de-mal-des-morts/

Texte – François Mitterrand
Mise en scène – Frédéric FAGE
Jeu – Nathalie Savalli
Voix off – Serge Barbuscia
Lettres à Anne
Au Sham’s théâtre – Avignon 2019
Du 05 au 28 Juillet 2019 à 19h00

(relâches les 08, 15 & 22 Juillet)

12 commentaires

  • Bernard Bernard

    Ben moi si j étais l amant d un écrivain ou bien une femme de pouvoir suis pas sûr que j apprecierai d être distribué sur des planches ..de plus l homme pretentieux , manipulateur,dominant qui écrasait par ses mots les adversaires politiques ,n a t il pas fait de même avec les femmes,en les soumettant au silence?
    D ailleurs votre lettre publiée ne parle pas d amour, mais d envie de pouvoir de réussite personnel…
    Je prendrais le temps de lire les lettres d amour qui me donneront peut etre une image differente de ce monument ….votre chronique à le mérite de m insiter à courir sans retenue à et d ouvrir les portes de la librairie. . Bravo de me remettre au sport !!!
    Merci pour vos chroniques .

    • Dominique

      J’ai du choisir des extraits qui ne parlaient pas assez d’amour, enfin il ne me semblait pas mais si vous lisez la correspondance entière vous trouverez un amour vibrant … je pense que comme beaucoup de femmes Anne avait besoin pour aimer un homme de l’admirer. C’est aussi mon cas. 🙂 Merci de me lire et de commenter, c’est toujours agréable !

    • Christophe

      L extrait des années 70 est plus marquant sur l amour . Peut être mon erreur d intervention est plus sur l homme politique que sur les écritures amoureuse.je ne doute pas de l intérêt de la lecture très théâtrale de la pièce

      La ou nos chemins se croisent c est quand vous écrivez sur le désir de Anne d être admirée par un homme ..

      Souvent les femmes les plus admirées sont souvent les plus seules.
      Et l histoire de Anne nous le confirme.

      Merci pour votre réponse.
      Belle soirée.
      Pour vous plaire je reste un fervant admirateur.

      • Dominique

        Anne Pingeot ne dit pas qu’elle a besoin d’être admirée et ce n’est pas ce que j’ai écrit dans mon commentaire hier. J’ai écrit qu’elle a besoin d’admirer un homme pour l’aimer, et tout comme moi en effet, j’ai besoin d’admirer un homme pour l’ aimer. Mais en fait , je pense que cette admiration peut aller vers des éléments très différents de la personnalité, et est une composante essentielle de n’importe quel amour. Quand on aime, quelque part on admire .

  • Agnes

    Comme vous permettez moi de le penser je suis une inconditionnelle des belles histoires d amour vous m avez en tout cas donné l envie de voir la pièce .Sans jugement juste pour l émotion.Merci

    • Dominique

      Oui ça vaut la peine … et puis au final quel jugement ? Les lettres ont été publiées en 2016 et la réalisatrice du spectacle a demandé à Gallimard le droit d’en faire, pour certaines, lecture … aujourd’hui à l’heure de tous les modes de communication tout devient publique . La sphère privée a bien du mal à le rester ( privée) . Chacun en fait bon usage, mettant sa vie perso en scène sur les réseaux sociaux !:) Bon spectacle Agnès ! vous nous direz !

  • Alienor

    Ces lettres aussi belles soient elles dévoilent un amour exceptionnel entre un homme mur, marié et une très jeune fille. Les publier maintenant me gêne, Anne est encore là. François est encore présent dans toutes les mémoires. Donner du temps au temps, est une expression qui conviendrait bien à la publication, voir à la lecture de ces missives, messages d’amour entre deux amants dans lesquels le lecteur, le spectateur s’immisse malgré lui.
    .

    • Dominique

      J’imagine qu’Anne a donné son accord et les lettres n’appartiennent elles pas à ceux qui les reçoivent ? La publication de ces lettres date déjà de 2016 …. Il existe par ailleurs bon nombre de correspondances posthumes entre amants : Juliette Drouet et Victor Hugo, Flaubert …. Plus récemment et dans un autre domaine : Sophie Calle qui découvrait en le lisant publiquement le journal intime de sa mère, ici pendant le festivaL . Allez voir le spectacle nous ne nous sentons pas voyeurs, à aucun moment ; cela permet au contraire dans le choix qui a été fait là de mieux saisir les personnages . Et ne laissons pas de côté le beau travail de la comédienne…. merci Aliénor pour votre commentaire , j’adore avoir de nouveaux  » participants  » à ces discussions post posts …

  • Sapiens

    D’accord avec Lili. Mais qui ne rêve pas de recevoir de telles lettres? Y a-t-il un vrai amour romantique sans transgression, sans péché comme diraient certains?
    Une femme pour la semaine, une femme pour le week-end? Comment et pourquoi celles-ci ont accepté cette situation ? Je n’ai pas les réponses. La pièce en donne-t-elle?

  • Lili

    Être ainsi c’est certainement extraordinaire mais je ne peux m’empêcher d’avoir de la tristesse pour sa femme Danièle… Rien que par égard pour cette épouse je n’aurai pas publié les lettres !!!

    • Dominique

      Elles permettent de mieux connaitre le personnage de F.M. d’une part et d’autre part, je pense qu’elles donnent à cet amour une couleur magnifique . Un peu comme la correspondance de Beauvoir avec son amant américain. La publication date de 2016, pas récent tout de même … j’ai beaucoup d’indulgence pour les histoires d’amour quand elles sont belles , quel que soit le contexte

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