Un peu de moi

Maman

Sur la photo j’ai deux ans, un peu plus peut être. Je tiens fort la main de ma mère, je n’aime pas trop les photos, surtout avec ce soleil dans les yeux. Je suis une jolie petite fille sage. Il y avait du respect chez moi même à l’adolescence et il y en a toujours. Se respecter, ne pas parler trop fort, garder sa place. Lire, travailler à l’école, réussir dans la vie c’est à dire pouvoir être indépendante, c’est comme ça qu’elle m’a élevée.
Aujourd’hui ma mère a plus de 80 ans. Elle est devenue toute petite avec le temps et menue. J’ai hérité de ma mère le regard noisette, le sourire, une simplicité de l’être, une inclinaison pour les plaisirs simples de la vie, le goût du travail bien fait, une approche des autres qui est restée assez timide malgré les apparences, une certaine rigueur de vie, une éthique de vie, une sincérité .
Ma mère. Je l’ai tous les jours au téléphone. Sa disponibilité, son écoute bienveillante, son intuition, son bon sens face à mes petits tracas et mes grandes joies, tous ces mots qu’elles trouvent me sont précieux. On a beau avoir l’âge qu’on a, on reste toujours la fille de ses parents.
Elle est née à une époque où, en province, quand les filles allaient au bal, elles se dessinaient un trait derrière la jambe pour laisser croire qu’elles portaient des bas ; elles avaient vu ça sur les magazines qui trainaient dans les familles où elles avaient été employées. Elle est née à une époque où les choses faisaient sens : on se mariait parce qu’on voulait se lier à vie à un homme, faire des enfants, lui préparer la popote, coudre, rapiécer, faire les lessives… Tout cet univers de la maison, pour ces jeunes filles modestes, c’était le rêve. Elles s’étaient préparées à cela en faisant l’Ecole Ménagère, elles allaient devenir de bonnes épouses et de parfaites femmes d’intérieur. Elles découvraient peu à peu les appareils ménagers qui allaient grandement leur faciliter la vie. Avant le féminisme, qui n’a pas été une avancée dans tous les domaines car il a trop brouillé les cartes entre hommes et femmes, elles se fabriquaient, dans l’ombre d’un mari, une vie douce dont l’éducation des enfants étaient le centre. A elles, l’affectif, au père l’autorité. Les rôles étaient distribués et chacun s’y conformait. Celles qui voulaient travailler, on les trouvait masculines.
Elles cousaient leurs robes elles-mêmes, se faisaient des mises-en-plis ou des permanentes et papotaient chez le coiffeur sous les casques chauffants. Elles y lisaient « NOUS DEUX » et « PARIS MATCH », et vivaient par procuration la vie des stars. L’après-midi, elles allaient boire le thé chez l’une ou l’autre, avec les petits accrochés à leurs jupes serrées, qu’elles mouchaient d’une main avec des carrés de tissus qu’elles glissaient ensuite dans leurs manches.
Elles portaient des cardigans et des robes en tweed au dessous des genoux et toujours des talons, toujours. Elles étaient élégantes et modestes, élégantes parce que modestes. C’était une sorte de bonheur au jour le jour et tout entier dans la consécration au foyer.
Je suis riche de son histoire de vie aujourd’hui, de son regard sur moi.

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