De moi à vous

Melle de Joncquières ou l’histoire si contemporaine de la femme bafouée

Etrangement moderne, voire d’actualité à l’heure où la régulation entre les sexes est un enjeu contemporain, que ce film d’ Emmanuel Mouret avec Cécile de France et Edouard Baer. Premier film en costumes de ce réalisateur qui se plait à décrypter ici les méandres de la vengeance amoureuse.
Mme de la Pommeraye, jeune veuve retirée du monde, cède à la cour du Marquis des Arcis, libertin notoire. Après quelques années de bonheur, elle découvre que le marquis s’est lassé de leur union. Cruelle scène où elle feint le désamour pour faire se dévoiler l’homme infidèle et se retrouve prise à son propre jeu.
Car il est question de jeu ici, de jeu pervers parfois, que met en route cette femme blessée,  » morte  » quelque part, comme elle le dit elle-même. Sa vengeance utilisera les faiblesses du séducteur et c’est là que Melle de Joncquières entre en scène.
Tiré d’un épisode de Jacques le Fataliste de Diderot, le récit serait insipide sans la langue du siècle des lumières, celle des Précieuses . Les circonvolutions du verbe entre flâneries dans les Jardins du Roi, et conversation de salon d’apparence badine tracent cette guerre sourde et acide que Mme de la Pommeraye livre au Marquis. Les plans longs font penser aux tableaux de Watteau. On est proche des  » Fêtes Galantes « .
Mais ce serait limiter le film que lui enlever sa part de réflexion philosophique . Le bonheur, le plaisir, le désir sont autant de sujets qui questionnent les personnages et par delà, nous, spectateurs.
Film moderne, je disais, au début de cette chronique. En effet et là je me retrouve dans la blogueuse que je suis, mais surtout la femme. Le désir masculin vu jusqu’à la caricature, l’inconstance des hommes. La vengeance de Mme de la Pommeraye est celle de toutes les femmes bafouées. De cette joute amoureuse que se livrent les personnages, on ressort un peu différentes, un peu plus fortes peut être, dans ce sentiment que les femmes sont bien une communauté à part et que ce que femme veut …

9 commentaires

  • Corinne

    Hello, je n’étais pas particulièrement tentée par ce film mais ta chronique me donne envie d’y aller. Les femmes ont toujours eu du pouvoir quelque soit l’époque et ont toujours été bafouées d’ailleurs ! Est-ce que cela a beaucoup changé ? j’en doute ! Belle journée

    • Dominique

      Ne dit-on pas un  » séducteur  » et une  » salope  » pour des comportements similaires ? La preuve en est donc, au travers des mots que rien n’a changé ! belle journée aussi !

  • Sandrine

    Ce film devrait me plaire ! cette histoire de vengeance est comme tu le dis moderne et d’actualité. J’ai hâte de découvrir comment elle va s’y prendre 😁 Et les costumes ont l’air sublimes 💗

    • Dominique

      Oui magnifiques costumes . Cecile de France est vraiment excellente dans ce rôle, elle a de plus comme Edouard Baer une très jolie voix. Le plaisir des mots s’en trouve accru .

  • Catherine

    Je ne suis pas d’accord avec le terme « bafouée », blessée oui de ne plus être aimée en retour après quelques années d’amour idyllique. Cette vengeance est pleine de douleur manipulatrice, alors que chacun est sincère dans son histoire. Les dialogues sont ciselés sans être ampoulés, délicieusement musical à l’oreille.

  • Schmidt

    Ce que femme veut … éternelle question ….
    Pas vu ce film , pas encore, mais le sujet est important et mérite le débat

    • Dominique

      Oui en effet ouvrons le d’ailleurs . Nous avons peu ou prou vêcu des choses similaires . Etre trompée, quittée voire quitter avec cette blessure en soi. D’amour et d’amour propre . Bien sûr qu’on s’en relève par l’analyse du processus qui a conduit à … mais c’est difficile . Le chemin est long . Certaines pardonnent, d’autres non . Pour moi la fidélité est le ciment inconditionnel du couple , faute de quoi le couple ne peut exister .

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