Colifichets et mode

Nos pieds ? On les redécouvre !

On les a, toutes ces saisons froides,  tellement torturés dans toutes sortes de chaussures, on a tellement fait fi de leur confort pour les obliger à se tenir tout cambrés, avec 12 cm sous le talon, compressés dans des escarpins en forme de nez d’espadons, contraints dans des chaussures de ski à grands renforts de “clic” et “clac” de métal, rognés comme les photos avec des brides tous azimuts, serrés à la cheville comme le licol étrangle le cheval, enfermés dans des bottes jusqu’aux genoux sans possibilité d’entrevoir une quelconque lueur du jour, serrés dans des chaussettes parfois dépareillées, moulés dans du nylon où ils se sont retenus de suer, étranglés, contraints et pire encore : ignorés…

Et les voilà au sortir du long hiver, tout penauds de se montrer dans leur maigreur blafarde, anémiés, souffreteux pour certains, rougeauds et boursouflés pour d’autres, exposés dans la cruauté des beaux jours…

On les voudrait tout jolis, comme un ornement supplémentaire, c’est tellement difficile d’avoir de beaux pieds, et on les redécouvre avec un gémissement : ” Il va falloir s’occuper d’eux”… On leur en voudrait presque de ne pas être plus autonomes dans leur entretien…

Crémés et enfouis le soir dans des chaussettes pour que rien ne s’échappe de l’onguent, ils commencent en ce printemps qui s’annonce,  leur cure de jouvence ; visite chez le pédicure qui se charge de supprimer les yeux de perdrix, les cors, de râper les talons, éliminer la corne, polir les ongles, virer les cuticules… Considérés enfin un à un, les doigts se détendent, s’étirent, se départissent les uns des autres jusqu’à retrouver leur identité : l’hallux, le secundus, le tertius, le quartus et enfin le plus petit, le quintus, celui qui s’était habitué à se dissimuler derrière son voisin jusqu’à en prendre une forme un peu aplatie, celui qu’on peine à redresser. Mais ce n’est qu’illusion, ce semblant de paix trouvée car il leur faut faire honneur désormais au corps qu’ils trimbalent : s’exhiber dans des mules dont la mince lanière doit à elle seule générer un équilibre,  des sandales, des tongs en caoutchouc, des espadrilles en tissu, passer ainsi du mépris à la considération toute égocentrée de leur “propriétaire”.  Il va leur falloir, l’été durant, mordre la poussière des chemins empierrés, cuire sur le sable brûlant, transpirer dans des chaussures qu’on verrait plutôt dans des scénario hard que dans la rue, se ratatiner tout flétris dans le chlore des piscines, supporter un verni cache-misère, se parer des couleurs bizarres qu’auront crachées les semelles dans le frottement de la marche. Ils auraient envie de crier qu’on les laisse enfin aller nus et libres dans l’herbe verte,  qu’on leur accorde une petite demi-heure par jour d’inversion d’apesanteur, qu’on les masse, qu’on les regarde avec reconnaissance, eux qui souffrent tant.

Le pied élégant, c’est du travail et de l’attention, non ?

5 commentaires

  • Aurélia Wlk

    …c est un petit vanity rien que pour eux par ce que oui tu as raison , nos souliers et les chemins de nos vies les malmènent …. Ces petits souffre douleurs ohhhh combien sexy pourtant dans les draps blancs ou nus sur le parquet tout heureux de retrouver plus loin la douceur d un tapis oriental noué à la main …. On peut prendre n importe ou quelques instant pour se crémer les mains et se vernir les doigts mais nos pieds eux , ont ce besoin plus confidentiel et solitaire pour qu on prenne soin d eux …. Un fort joli sujet en tous cas …. 💋💋💋

    • Dominique

      Merci Aurélia, j’ai adoré écrire un texte et lire le tien ;). Je ne fais pas partie de celles qui ignorent leurs pieds tout au long de l’hiver et si c’est le cas, ils se chargent de me le rappeler 🙂 Des pieds bien entretenus c’est un must. Je vais régulièrement chez la pédicure et fais faire mes ongles dans une onglerie. Mais je suis un peu ( beaucoup !) chichipompon ! 🙂

    • Elisabeth

      Tu as particulièrement bien décrit le martyre que subissent nos petons, et pas qu’en hiver. Ils sont peut-être plus soignés en été qu’en hiver, mais ils peuvent souffrir aussi avec les lanières des sandales, les ampoules… Personnellement, ils ne sont en « liberté surveillée » que dans les chaussons de maison !

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