A l’heure où chacun dans l’actualité quotidienne fait entendre sa voix, où la télévision nous saoule de toutes ces voix mêlées ( j’ai depuis peu la télévision ! 🙂 ),  il m’est venu à l’idée pour ce billet d’humeur de la semaine de vous parler de la voix . Enfin,  » parler « ,  » écrire  » plutôt  à propos de la voix.
Il y a à la fin de L’amant, dans l’épilogue, ce magnifique texte écrit par M. Duras où elle évoque tout ce qui arrive à notre oreille simplement à entendre la voix d’un être que l’on a perdu de vue depuis longtemps et qui reprend vie  se faisant entendre, apportant avec elle tout un univers :

 » Des années après la guerre, après les mariages, les enfants, les divorces, les livres, il était venu à Paris avec sa femme. Il lui avait téléphoné. C’est moi. Elle l’avait reconnu dès la voix. Il avait dit: je voulais seulement entendre votre voix. Elle avait dit: c’est moi, bonjour. Il était intimidé, il avait peur comme avant. Sa voix tremblait tout à coup. Et avec le tremblement, tout à coup, elle avait retrouvé l’accent de la Chine. Il savait qu’elle avait commencé à écrire des livres, il l’avait su par la mère qu’il avait revue à Saigon. Et aussi pour le petit frère, qu’il avait été triste pour elle. Et puis il n’avait plus su quoi lui dire. Et puis il le lui avait dit. Il lui avait dit que c’était comme avant, qu’il l’aimait encore, qu’il ne pourrait jamais cesser de l’aimer, qu’il l’aimerait jusqu’à sa mort.  »


Reconnaitre la voix, avoir ce plaisir de dire  » c’est moi !  » et la certitude d’être reconnu . La voix peut nous précéder, elle se donne à entendre alors même que la personne n’est pas visible, mais on SAIT qu’elle arrive, qu’elle va être bientôt là. Les voix de nos enfants, si semblables parfois . Un de mes fils a la voix de son père. La respiration dans la voix, le souffle, l’attente des mots, les hésitations, les tremblements, l’émotion qu’on devine et puis les rires parfois ou le sourire qu’on sait être là.

La voix qui murmure le soir dans la nuit, qui dit les mots de l’amour, la voix de celui qui s’est affaibli dans la maladie, la voix tressautante, entrecoupée des fou-rire, la voix qui reste la même avec les années qui passent, devient un peu chevrotante parfois le grand âge aidant.

La voix cassée des fumeurs ; ces voix qui ont fait une renommée, celle de Jeanne Moreau, de Philippe Noiret ; la voix comme atout de séduction ; la voix au contraire désagréable, trop nasillarde, trop aigüe qui nous fait comme une douleur à l’entendre ; celle qui berce, celle des contines racontées quand nous étions enfants, le plaisir de la lecture à voix haute, la voix de la radio. La voix qu’on écoute les yeux fermées pour mieux savourer ce moment là après une longue séparation. Les chuchotements de la voix qui à l’oreille se fait douce.
Les voix de nos enfants qu’on a entendues se moduler à l’adolescence.
La voix qui crie, s’énerve, rugit, rappelle à l’ordre, se fait grondement et puis d’un coup s’apaise, se fait enfantine pour quémander quelque chose, rieuse.
Toutes ces modulations là et le souffle…C’est notre essentiel.

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