De moi à vous

On a bien jonglé… alors maintenant on se la coule douce !

Je me souviens de ma vie de jeune maman, entre les enfants à faire lever le matin, vite petit déjeuner, vite s’habiller, aller à l’école, les laisser en pleurs devant la classe,  les bras tendus pour rester encore un peu dans les nôtres alors que déjà nous savions que c’était foutu, que nous allions être en retard, qu’il allait falloir se coltiner les reproches des uns et des autres, les classes dans le couloir et les  » Pourvu que la prof soit absente, oh merde, elle est là  » … vite faire entrer tout ce petit monde, sortir les classeurs, rappeler à l’ordre celui-là qui n’a de cesse de rigoler, celle-là qui n’en finit pas de se lisser les cheveux, faire enlever la casquette. Voilà, soupirer enfin quand tout le monde est assis. Le cours qui commençait et la vague impression d’avoir fait une journée déjà.
Se torturer dans la voiture pour savoir que faire à dîner . Le portable n’existait pas, pas moyen de joindre notre moitié, chercher une place pour se garer, tourner une demi-heure parfois, faire les courses, passer chercher le petit dernier à l’étude. Entendre les allusions de l’institutrice : il ne travaille pas assez, il faut que vous lui fassiez faire plus de devoirs. Culpabiliser. Ben oui, justement, se mettre aux devoirs tout en cuisinant un truc de l’autre main. Faire réciter les poésies et avant l’apprentissage de la lecture, de l’écriture, les tables de multiplication, celle du 9 impossible à retenir… les soupirs, les cris, les pleurs, Chéri qui rentre épuisé de sa journée de boulot, les chantiers, les maîtres d’oeuvre, les discussions autour de la table où chacun veut placer son bout de gras, les rires aussi.
Et hop toilette, tout le monde au lit . Pas de télé la semaine. Affalée sur le canapé, l’envie de dormir, le nez dans l’épaule de son homme, une main douce qui nous amène au lit. Tu es crevée ma chérie, faire l’amour on verra dans le week-end. Mais le week-end, les activités des uns et des autres, jamais à la même heure, les matchs, les combats d’escrime à n’en plus finir le dimanche, le film du dimanche soir. Pas le temps du blues, ménage, repassage, une tenue par jour. On a donné, on a tout bien fait, irréprochables non, mais au mieux, on a écouté les jérémiades, consolé les chagrins d’amour, on s’est levé dix fois dans la nuit pour des fièvres qui refusaient de tomber, on s’est rongé les sangs. Pas besoin de régime, le régime de vie suffisait à nous faire garder la ligne.

Voilà, ça, c’était avant quand on jonglait.

Aujourd’hui, on se lève une demi-heure avant de partir au boulot si on travaille encore, autrement on a tout le temps, on peut voir les films au ciné à midi, on peut manger froid, se faire un petit restau, se lever au milieu de la nuit pour voir une redif, lire jusqu’à point d’heure, se faire des we improvisés avec notre chéri qui a retrouvé le goût du temps qu’on prend, pas celui qu’on vole, rentrer tard, boire un verre avec des amis avant, improviser, improviser, remplir de menus plaisirs cet emploi du temps qui s’est vidé de la vie des enfants, le regretter parfois mais globalement l’apprécier.
Le coiffeur c’était entre deux rendez vous chez le dentiste, aujourd’hui ça devient un objectif du jour en soi. Se faire plaisir est la priorité, non pas que nous n’avions pas de plaisir à élever notre tribu, mais si fatiguées parfois qu’ouvrir un livre était synonyme d’endormissement immédiat. Tiens ce soir, un peu lasses, pourquoi pas un petit massage ou un ciné, un film qu’on aurait pas eu le temps de voir, se moquer de l’heure qui passe, une soirée qu’on organise vite fait, des amis à la maison, une pizza, peu importe.

PROFITER devient le maître mot !

.Qu’il est doux ce temps de l’après, des années qui sont passées, des voix des enfants qui sont devenus parents et nous appellent juste comme ça pour le plaisir, qu’il est doux de se voir à nouveau comme un couple pour celles qui ont réussi à garder le cap du couple ( je n’ai pas su) , difficile aussi parfois de se retrouver devant son conjoint après ces années d’effervescence où on s’est plus sentis parents que mari et femme. Qu’il est doux de rencontrer un homme neuf, celui de cette autre partie de notre vie, débarrassées que nous sommes des contingences matérielles, du rythme effréné, de se lancer corps et bien dans une autre histoire d’amour, de s’adonner à toutes sortes d’activités si longtemps repoussées dans le temps, de parler des heures le soir au téléphone ou en direct autour d’un verre, de s’alanguir sous le soleil couchant, les jambes nues sans être pressées de rentrer.
Le temps, ce voleur, on lui a couru après, maintenant on l’a tout entier pour soi. Il se dilue, s’étire, on a l’impression d’en faire ce qu’on veut. De maîtriser enfin la cadence de son existence, doux sentiment.

On a bien jonglé décidément et on peut être fières de ça !

7 commentaires

  • Marie Jeanne

    Bonjour Dominique,
    Merci pour cet article plein de vérité sur la course après le temps. J’ai été mère au foyer pendant 15 ans mais jamais chez moi !!! j’ai profité du temps pendant que mes filles étaient à l’école en faisant du sport, des activités, en m’occupant d’associations scolaires et autres, bref je ne m’ennuyais pas et je courais tout le temps, en plus mes filles faisaient de la compétition dans leur sport favori donc les we étaient tout le temps occupé également. Quand j’ai repris le travail cette vie s’est calmée, mes filles sont parties de la maison et la nostalgie s’est emparée de moi car c’était une belle vie. Je n’ai pas encore de petits enfants, la retraite dans 3 ans et j’attends çà avec impatience pour réaliser certains rêves et profiter de la vie .
    Bonne journée

  • Catherine B

    Bonjour Dominique.
    J’ai découvert très récemment votre site, et lu attentivement tous vos articles.
    Je me reconnais en vous et vous expliquez mieux que je ne saurais le faire ce que toutes où presque, les femmes de notre génération ont vécu. Je me suis totalement reconnue dans votre article sur l’insomnie abordé de façon humoristique et dédramatisant l’énorme problème que cela peut représenter dans le quotidien!
    Tout celà pour vous dire que j’ai envie de lire votre livre.
    Pourriez-vous m’indiquer la démarche à suivre pour me le procurer?
    Dans cette attente, je vous souhaite une très bonne journée. Merci aussi pour la subtilité de votre humour!
    Catherine.

    • Dominique

      Merci Catherine pour votre commentaire et pour le fait que vous vous reconnaissez dans mes écrits. Oui, ces insomnies sont insupportables ! Pour mon livre , oui , bien sûr, faites moi un petit mail à mallie.dominique@orange.fr avec votre adresse postale et je vous explique la démarche à suivre. Ravie de vous avoir parmi mes lectrices, nous appartenons à une communauté de femmes, du moins c’est comme ça que le vis, dans le partage … un bon we à vous !

  • sophie cour

    Quel rythme nous avons vêcu en effet et comme c’est bien de voir que tout cela a donné cette jolie famille que nous avons aujourd’hui, à laquelle viennent s’ajouter les conjoints, nos petits enfants. Nous continuons comme le dit Catherine, ce rôle de pilier dans les familles recomposées que nous avons vêcues ou vivons aujourd’hui. Je vois, pour ma part, mon nouveau conjoint dans sa relation à mes filles et combien je suis encore au centre de cette relation même si elle existe en dehors de moi. Je vis à présent une vie toute autre avec cet homme que j’aime et qui est arrivé sur le tard, mais ma vie d’avant, celle que vous évoquez est si présente en moi. Je suis fière de ce parcours de vie qui fait de moi une femme épanouïe ayant retrouvé l’amour et forte de la présence de mes enfants à qui j’ai tant consacré de temps et consacre encore. Bon we à vous sous le ciel de Provence, j’ai compris que vous habitiez Avignon.

    • Dominique

      Merci pour votre commentaire Sophie, en effet, cette place que nous avons se redéfinit avec le temps, se refait autrement, il est bien d’en prendre conscience et de voir comme tout cela peut être harmonieux … un bon we à vous ! Merci de me suivre avec tant de plaisir !

  • Catherinesentimots

    Oh oui, comme vous j’ai couru, jonglé et fatigué …. comme vous, j’ai perdu les pères et repères de mes fils, je suis restée le pilier, le socle de l’indéboulonnable statue MAIS en mater rigolosa, lourde et légère, forte et vulnérable …
    Heureusement, la vie m’a donné des filles aussi, ces jolis miroirs des amours qui nous unissent tous, enfin !

    • Dominique

      Merci Catherine pour votre commentaire, je suis touchée par cette alliance que vous faites de ces contraires qui nous habitent et qui viennent de toute cette vie d’avant : lourde et légère, forte et vulnérable, c’est tellement ainsi que je me ressens . Et c’est bien de connaitre ça de soi, de sentir cette vulnérabilité et cette force dans le même temps et de l’accepter, cela fait de nous des êtres sensibles, sans sensiblerie; j’aime beaucoup la vulnérabilité qui signe une perméabilité aux autres et une véritable ouverture.

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