Il m’aura fallu tout ce temps pour arriver là avec la soixantaine qui se profile à l’horizon et me dire que je suis une femme libre . Et là, je me regarde dans le miroir de ma vie et  je vois quoi ? Je vois que j’ai fabriqué des enfants magnifiques et nous les avons amenés avec leurs pères à l’autonomie, je leur ai donné tout mon amour et ils me le rendent chaque jour, j’ai eu des maris extraordinaires Le premier est décédé mais même après notre séparation nous avions gardé une belle relation, le deuxième est resté un ami fidèle, un homme sur lequel je peux compter. Je fais un métier qui me passionne encore, j’ai des activités d’écriture qui sont autant de portes vers l’expression, des amies qui sont passées, certaines qui sont restées, d’autres qui arrivent

 

Je regarde la vie avec un regard apaisé. Je n’ai plus de peurs, d’angoisses. J’ai traversé la maladie, la souffrance, je la traverse encore avec courage et détermination.

Je me vois dans un miroir le matin, au saut du lit et je me dis que même toute ébouriffée, j’ai encore toute une fraicheur en moi.

Je vais vers les autres avec bienveillance et le regard clair.

Je sais qui je suis, j’ai accepté une fois pour toutes mes failles et mes faiblesses.

Je sais dire  » non  » quand il le faut et je sais poser mes limites

La solitude, je l’ai apprivoisée. J’ai appris la dérision et l’auto-dérision, je me suis construite dans tout ce que la vie a mis sur mon chemin et je continue de le faire. J’ai les mêmes désirs que quand j’étais une jeune fille mais avec une force décuplée et une détermination. J’ai des objectifs de vie, je sais voir ce qui est beau, m’arrêter pour respirer un grand coup, je sais prendre ma voiture juste pour aller m’empiffrer d’huitres dans un restaurant désert de bord de mer. Je ne triche ni avec moi, ni avec les autres. Je me suis entourée de gens que j’aime et qui me font du bien et je leur rends au centuple. Je me fiche de ce que les autres pensent de moi, je m’exprime sans peur. Je ne suis plus dans la culpabilité, le ressassement, le remords tout ce qui renvoie à de mauvaises pensées. Je n’attends rien des autres et ne suis jamais déçue de fait car je sais prendre ce qu’on me donne et donner sans rien attendre en retour. Je sais, à présent, vivre l’instant, j’ai des plaisirs simples et d’autres plus complexes mais je les vois et les goûte. J’ai des rêves plein la tête. J’ai appris à distinguer l’essentiel de l’accessoire, le superflu du nécessaire, à hiérarchiser les priorités. Je ne me fais plus un monde de tout et rien. Je fais confiance au temps qui dénoue bien des choses. Je ne m’obstine plus dans ce qui n’est pas bon pour moi. Je suis devenue plus résiliente.
Je sais que l’histoire de ma vie n’existe pas, que ma vie c’est tout un tas d’histoires mises bout à bout : celles de l’enfant unique qui pleure un petit frère trop vite disparu, des premières amours, de l’adolescence plongée dans les lectures, des mariages, de la naissance des enfants, des études adorées, des examens passés avec un immense plaisir, de voyages merveilleux qui ont laissé leurs traces dans les albums photos et en moi, des divorces, des vacances en solitaire, des deuils surmontés, des chagrins qui durent et qui un jour finissent, comme dans la chanson de Barbara par  » et puis un jour ça arrive : la joie de vivre  » . Les histoires d’amour, toutes uniques auxquelles j’ai cru très fort et à juste titre, et puis celles auxquelles j’ai cru très fort et qui n’ont pas vêcu.
Je sais aussi que les périodes de loose peuvent être suivies de moments merveilleux, que la vie toujours prend le

dessus. Je sais que je déteste par dessus tout le mensonge et les faux semblants, la mauvaise foi, que j’aime par dessus tout le partage dans le plus juste de soi.
Je sais encore me mettre en colère mais je ris d’elles, elles ne durent plus longtemps et je n’ai jamais su bouder. Je sais que les mots sauvent de tout, que toujours la communication est préférable aux non-dits. La médisance, la jalousie me sont étrangères.
Dans cette vie boueuse parfois, comme le Mékong, je suis comme Duras ( en toute modestie) pour toujours sur un bac qui le traverse et devant il y a les volets bleus et aux pieds j’ai des souliers dorés.

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