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Une histoire de louve… une leçon de vie

Hier soir, j’ai regardé un documentaire sur les Alpes à la télévision. Je n’aime pas trop regarder la télé le soir seule, je trouve ça triste. A tort.
Un documentaire sur les animaux et plus particulièrement les loups. Et j’ai eu envie de raconter à ma façon l’histoire de cette louve que le documentaire nous faisait suivre, dans les nouvelles de mon blog.
Je vous la livre, elle m’a touchée au plus profond de moi-même, peut être parce que j’aime tant le poème de Vigny  » La mort du loup « . Dans le poème, ce sont les hommes qui tuent un loup. J’ai choisi de mêler à ma prose, des passages du poème de Vigny.
Elle, c’est une louve qui attend des petits, elle est  » grosse  » comme on disait autrefois des femmes. Ils sont là avec sa meute à se partager une charogne de biche. Un ours arrive qui veut la charogne, il la veut si fort qu’il envoie balader d’un coup de griffe un loup un peu trop vif. Juste pour montrer qu’il est le plus fort, pas même pour bouffer car après il s’en va. Le loup est mourant. La meute s’éloigne et laisse le cadavre et la presque veuve.


Les nuages couraient sur la lune enflammée
Comme sur l’incendie on voit fuir la fumée,
Et les bois étaient noirs jusques à l’horizon.


La louve regarde la meute s’en aller et on sent qu’elle hésite : la suivre ou rester près de son mâle. Et elle reste. Elle lèche le sang, elle attend qu’il meurt. Elle l’accompagne, dans cet instinct ou cette conscience là. Il fait froid, c’est rude la montagne en hiver. Elle se couche près de lui, elle ne ferme pas les yeux, elle veille la respiration, la tête sur son mâle. Je ne sais pas si il y a quelque chose de plus beau au monde. Cette attente animale là entre la vie et la mort. Bouleversant .


Le Loup le quitte alors et puis il nous regarde.
Les couteaux lui restaient au flanc jusqu’à la garde,
Le clouaient au gazon tout baigné dans son sang ;
Nos fusils l’entouraient en sinistre croissant.
Il nous regarde encore, ensuite il se recouche,
Tout en léchant le sang répandu sur sa bouche,
Et, sans daigner savoir comment il a péri,
Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri


Elle attend jusqu’à ce qu’il ait comme de la terre à la place des yeux, jusqu’à ce qu’arrivent les charognards pour se délecter de la dépouille. Elle se décide alors à partir, elle quitte cette place qui était la sienne près du mâle, elle le regarde encore, elle sent autour d’elle, elle hume l’air, la direction. Où aller maintenant qu’elle est seule ? Avec ses petits qui poussent dans son ventre. Et la faim, le froid, la solitude, cette presque mère?
Et puis elle part. Elle ne peut plus rejoindre la meute, un loup qui quitte une meute n’y revient pas ou alors il lui faudra se battre contre une des ses  » filles  » qui déjà aura pris sa place dans la hiérarchie. Elle est courageuse, elle porte la vie. Il lui faut commencer l’errance, une errance rapide dans une course effrénée, une course pour que la vie vienne.
Elle part, loin, des milliers de kilomètres dans les Alpes, pour chercher un endroit où  » accoucher  » ; elle traverse toutes les Alpes, l’Autriche, revient vers la Suisse, puis en France et là dans un bois, sous une vieille souche, elle fait son trou. Huit petits naissent, deux meurent, elle les mange, si elle ne les mange pas elle, d’autres le feront. Elle les mange pour être plus forte pour le lait de ceux qui sont là.


Mais son devoir était de les sauver, afin
De pouvoir leur apprendre à bien souffrir la faim,
A ne jamais entrer dans le pacte des villes
Que l’homme a fait avec les animaux serviles
Qui chassent devant lui, pour avoir le coucher,
Les premiers possesseurs du bois et du rocher.


Le lynx veille derrière les arbres, une femelle qui, elle-aussi, a ses petits à nourir. Les deux femelles se reniflent, se savent. Et elles abandonnent. Comme si finalement quelque part, elles s’étaient senti appartenir à cette espèce là dont le but unique est de sauver sa progéniture. Respect de l’une et de l’autre.
Alors il faut amener les petits ailleurs, loin des dangers de la nature et des hommes. La course recommence; Il y les petits qui suivent, certains qui renâclent, d’autres qui sont juste derrière leur mère. Des caractères déjà.
Elle arrive dans le Mercantour. On est proche de l’hiver. Elle se pose sur un piton rocheux, bien en hauteur, et elle hurle des soirs durant pour qu’un loup vienne, qu’il l’aide. Elle sait qu’elle n’y arrivera pas, avec ses petits, seule, à traverser l’hiver, cela fait des jours qu’ils n’ont rien mangé.
Il entend, le loup, esseulé comme elle et il arrive. Ils se trouvent, se frottent le museau, se lèchent, et courent de concert. A eux tous, Ils refont une meute. Comme une sorte de famille recomposée.
La vie des animaux me touche, elle ressemble tant à ce que nous vivons, à ce que nous hurlons parfois dans nos silences ou plus fort, à nos courages, à toutes ses épreuves que nous traversons. Je suis sensible à cette vie des animaux sauvages, elle me semble tellement proche et tellement supérieure dans ses agissements à celle des humains.


Hélas ! ai-je pensé, malgré ce grand nom d’Hommes,
Que j’ai honte de nous, débiles que nous sommes !
Comment on doit quitter la vie et tous ses maux,
C’est vous qui le savez, sublimes animaux !
A voir ce que l’on fut sur terre et ce qu’on laisse
Seul le silence est grand ; tout le reste est faiblesse.
– Ah ! je t’ai bien compris, sauvage voyageur,
Et ton dernier regard m’est allé jusqu’au coeur !
Il disait : » Si tu peux, fais que ton âme arrive,
A force de rester studieuse et pensive,
Jusqu’à ce haut degré de stoïque fierté
Où, naissant dans les bois, j’ai tout d’abord monté.
Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t’appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. «

C’est beau comme une déclaration d’amour à la vie .

14 commentaires

  • Nathalie

    Bonjour Dominique,
    Quel beau texte que tu nous offres encore ! J’ai vu aussi le reportage et tu traduis vraiment toute l’émotion que l’on pouvait lire dans les yeux de cette louve. A très bientôt de te lire ! Nathalie.

    • Dominique

      Merci à vous de me lire . C’était très inspirant en effet et très beau … et là l’adjectif prend tout son sens

      • Wuillaume

        Bonjour,
        Merci pour ce beau texte que vous nous avez offert.
        J’ai regardé ce reportage qui m’a passionnée et j’aimerais connaitre le titre et le réalisateur pour essayer de me procurer le film: pourriez-vous avoir la gentillesse de me communiquer ces renseignements?
        Je vous en remercie à l’avance.
        Bonne journée

        • Dominique

          Merci beaucoup, malheureusement je ne peux vous donner ces renseignements, je suis tombée par hasard sur ce documentaire et assez peu au courant de ceux qui interviennent sur ces documentaires, mais vous devriez trouver aisément en cherchant sur le Net … bonne journée à vous !

          • Wuillaume

            Bonjours à tous,
            Il s’agit de l’épisode 3 de « le plus beau pays du monde » intitulé « le sanctuaire », qui sera rediffusé le 5/3 à 21h00 sur la 4 canal 14.
            Bonne journée

  • Elisabeth

    Bravo Dominique, ta prose se marie parfaitement avec la poésie, ces mots sont si beaux, et ces scènes lyriques . On ne regarde pas spontanément les documentaires sur les animaux en général, et pourtant, quand le hasard de la zapette nous fait entrevoir quelques images, on est happés, et on ne va pas voir ailleurs. Le loup est un animal fascinant, fidèle à une seule louve, j’aimerais en approcher un jour. Il existe le Parc Alpha des Loups dans les Alpes Maritimes… Encore une découverte à faire ! Bon après-midi.

    • Dominique

      Oui, Elisabeth, ce poème, une sorte de fresque épique et tragique, je l’adore…et de fait, il trouvait sa place là . Des bises !

  • sophie cour

    Que c’est beau ce texte, vous m’avez tiré des larmes . Cette solitude de cette louve, la vie plus forte que tout. J’ai également vu ce documentaire sur les Alpes, vous lui ajoutez de la poésie, très beau, merci pour ce cadeau du dimanche matin ! Vous écrivez divinement bien, écrivez nous un roman, un recueil de nouvelles, que sais-je, c’est un tel bonheur de vous lire ! Bon dimanche à vous !

    • Dominique

      Merci Sophie, j’ai trouvé aussi cette énergie que cet animal déploie fascinante, dans une grande solitude, avec la vie à donner . Il y aurait beaucoup à dire, beaucoup à  » broder  » ; merveilleux moment que ce documentaire. J’y travaillerai dans quelque temps à l’écriture d’un recueil après Voyage en Ménopausamie, que vous avez lu. Peu à peu les idées se font jour, il faut laisser tout cela naître.

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